La macrobiotique : bien plus qu'un régime

Les origines de la macrobiotique

La macrobiotique est une enfant de la philosophie de la médecine extrême-orientale qui date d’il y a plus de 4000 ans. Son fondateur d’origine japonaise, Georges Ohsawa (1893-1966) de son nom occidental, Yakikazu Sakurazawa de son nom de naissance, fût celui qui conceptualisa et fit connaitre cette méthode pour cultiver la pleine santé, cet art du rajeunissement et de la longévité (cf. le nom de son deuxième livre édité en français : Le zen macrobiotique ou l’art du rajeunissement et de la longévité). C’est suite à une tuberculose qui le rendit très malade au cours de son adolescence et qui emporta une partie de sa famille que Georges Ohsawa décida de consacrer son existence à approfondir et à diffuser cette ancienne philosophie et l’art de s’alimenter sainement selon le Yin-Yang.

Le docteur qui l’a soigné, un illustre médecin du nom de Sagen Ishizuka, fût déterminant dans le parcours de Georges Ohsawa et dans le devenir de la macrobiotique comme art de vivre se basant sur l’alimentation saine et naturelle. Ce médecin (1851-1909) fût célèbre en raison de sa méthode se basant sur le changement d’alimentation. À l’époque où il commença à exercer la médecine dans l’armée japonaise, la médecine occidentale et ses traitements symptomatiques avaient déjà en partie balayé la médecine traditionnelle japonaise. Mais le Dr Ishizuka remit en question les méthodes de la médecine occidentale, étant persuadé de la supériorité de la médecine traditionnelle, qui lui avait permis de guérir un eczéma et une néphrite, là où la médecine symptomatique occidentale avaient échoué. Selon lui, le secret de la santé et de la guérison réside dans le renforcement de l’organisme de l’intérieur, à partir d’une alimentation équilibrée. Il attachait une grande importance à l’apport quotidien et suffisant de sels minéraux et notamment à l’équilibre du sodium et du potassium dans les aliments et dans l’organisme.

On voit donc clairement que cette médecine basée sur l’alimentation saine est très ancienne, car elle trouve ses origines dans la philosophie d’extrême-orient, vielle de plusieurs millénaires. Elle est directement influencée par le taoïsme, Georges Ohsawa appela par la suite cette philosophie le principe unique, un monisme polarisable, non-dualiste, qui explique l’apparition, la manifestation de tous les phénomènes par le jeu des deux énergies opposées, mais complémentaires que sont Yin et Yang. À une époque très lointaine, lorsque la philosophie taoïste imprégnait la société et la mentalité des individus, la macrobiotique n’existait pas en tant que telle, mais tout le monde vivait selon ces principes. À cette époque, pas d’aliments ultra-transformés, frelatés, raffinés, trafiqués, pas d’agriculture chimique, pas d’environnement pollué, donc pas ou peu de nécessité d’en appliquer les règles.

C’est véritablement le mode de vie moderne violant les lois de la nature qui donne une valeur inestimable à la macrobiotique. Cela en fait un vrai trésor qui nous permet de reconquérir notre droit fondamental à la grande santé, et ce, par une alimentation naturelle basée sur le principe Yin-Yang et par un mode de vie en harmonie avec la nature.

Un art de vivre en harmonie avec l’ordre de l’univers

Mais que signifie vivre en accord avec l’ordre de l’univers ?

Du point de vie de notre mode de vie, cela signifie simplement développer l’art de vivre sainement, proche des cycles naturels, au rythme des saisons, de savoir doser et alterner les périodes d’activité et de repos. Par exemple, on peut illustrer cette idée par un fait naturel, qui est celui du taux d’ensoleillement qui n’est pas le même selon les saisons. Ainsi on ne bénéficie pas autant de la lumière du soleil en été qu’en hiver. En conséquence, nous autres êtres humains n’avont pas les mêmes niveau d’énergie physique ni la même disposition mentale selon la saison qu’on traverse. Il est donc absurde et contre nature de vouloir vivre avec la même intensité l’hiver comme l’été. Vivre en harmonie avec l’ordre de l’univers, c’est donc se synchroniser avec le cosmos et nos bio-rythmes, c’est savoir se reposer et dormir suffisamment pour offrir l’opportunité au corps de se regénérer.

À un niveau plus subtil, c’est aussi accepter et accueillir le flux de vie qui nous traverse en chaque instant, que nous pouvons faciliter par nos choix de vie, de consommation. C’est apprendre à donner et à recevoir, apprendre à aimer nos sembables, à respecter toutes les formes de vie, à avoir de la gratitude pour toutes les personnes et les choses qui nous font grandir et évoluer.

Du point de vue de l’alimentation, vivre en harmonie avec l’ordre de l’univers signifie privilégier des aliments le plus naturel et le moins transformé possible, éviter le sucre et tous les autres produits raffinés et aussi apprendre à s’alimenter de produits locaux et de saison. C’est aussi savoir modérer les quantités de nourriture que nous ingérons tous les jours, mastiquer correctement les aliments et apprendre à identifier les catégories d’aliments qui nous sont vraiment bénéfiques. En macrobiotique, ce sont les céréales complètes que l’on considère comme étant la catégorie d’aliment la plus importante, source d’équilibre et d’énergie, complétée par les légumes, les légumineuses, les algues, les graines et fruits secs oléagineux, les huiles non raffinées et éventuellement un peu de produits animaux.

Vivre en harmonie avec l’ordre de l’univers, c’est en quelque sorte réapprendre à vivre comme les autres animaux de la grande nature, avec des principes éthiques et morales en plus. C’est se relier à l’essentiel, écarter ou réduire l’usage toutes les choses superficielles et inutiles du monde moderne, devenir minimaliste pour réduire ses besoins et sa dépendance aux biens matériels superflus. De cette manière, nous pourrons plus facilement nous sentir relier aux autres êtres vivants qui nous entourent, nous pourrons plus aisément ressentir de la joie dans les choses simples de la vie comme marcher, respirer ou échanger des idées avec nos semblables. Nous pourrons alors prétendre au bonheur éternel, à la liberté suprême et à la justice absolue, pour reprendre les termes de Georges Ohsawa.

Les lunettes magiques qui permettent de développer notre jugement

Mettre les « lunettes magiques », pour reprendre les termes de G. Ohsawa, c’est voir le monde qui nous entoure sous un nouvel angle, c’est utiliser le principe Yin-Yang pour décoder, déchiffrer tout ce qui s’offre à nos yeux. Il parlait aussi d’un compas pour illustrer la façon dont on peut se servir de la macrobiotique pour voir plus en profondeur et comprendre l’univers, des phénomènes les plus grands « macros », aux plus petits « micros ».

Et bien évidemment, cela ne s’applique pas seulement au contenu de notre assiette, mais concerne tout ce avec quoi nous interagissons, tout ce qui nous nourrit et qui n’est pas de la nourriture solide (notre environnement, nos relations sociales notre vie intérieure…), tout ce qui nous produit en tant qu’être humain. Ces lunettes magiques ne s’obtiennent pas en allant consulter un quelconque spécialiste de santé ou au prix d’une consultation médicale. On ne peut pas non plus les acheter neuves dans un magasin spécialisé ou d’occasion sur amazon. Ces lunettes magiques sont le fruit de notre niveau de compréhension du principe unique, des forces antagonistes et complémentaires Yin-Yang, de notre expérience dans l’application de ce principe à l’alimentation. Ces lunettes magiques sont le reflet de notre niveau de jugement, qui lui-même se développe grâce à notre pratique et à l’étude assidue du principe unique, de la macrobiotique.

Ce ne sont pas des lunettes que quelqu’un d’extérieur va concevoir pour nous, comme c’est le cas des lunettes pour corriger la vue, mais c’est à chacun⋅e de nous de se les fabriquer, avec comme matériaux principaux les livres de G. Ohsawa qui parlent de la théorie et de la pratique de la macrobiotique ou d’autres livres qui traitent de la philosophie extrême-orientale. Il est également fondamental de pratiquer sérieusement les recommandations diététiques si l’on veut voir notre condition de santé s’améliorer et notre niveau de jugement se dévoiler.

Les lunettes magiques sont le résultat de notre habilité à mettre en pratique les enseignements de la macrobiotique. C’est un processus qui peut prendre plus ou moins de temps, selon notre niveau d’investissement et notre motivation.

Une approche holistique de la santé pour développer sa volonté

Le choix alimentaire de la plupart des macrobiotiques est consécutif à des maladies physiques, parfois très graves. La guérison établie et leur goût alimentaire transformé, ils ont continué par plaisir cette pratique de santé. Le but premier de la grande majorité des personnes qui se tournent vers la macrobiotique est donc de récupérer ou d’améliorer la santé, mais les effets secondaires qu’induisent ces changements d’habitudes dépassent la simple guérison d’une maladie. Parmi eux, le développement de la volonté, le pouvoir de renoncer à tout ce qui nous fait du mal ou d’en réduire la consommation. Un peu comme un fumeur qui suite à l’arrêt du tabac, s’est rendu compte qui avait plus de volonté qu’il ne pensait et peut à présent l’utiliser pour d’autres produits, pour arrêter ou réduire sa consommation d’alcool ou de sucre raffiné par exemple.

Ce qui demande une grande volonté au début d’un sevrage de café ou de sucre raffiné, ne demande plus vraiment d’efforts par la suite lorsqu’on goûte au bien-être que l’arrêt de la substance génère dans l’organisme. Peu à peu, on trouve du plaisir dans la consommation de choses plus saines, comme des légumes bios, frais, locaux et de saison plein de saveurs, ou des condiments salés de qualité comme un bon miso non-pasteurisé ou un bon tamari, ou pourquoi pas un dessert sain avec des fruits frais de saison et des fruits secs, partagé avec des amis lors d’une occasion spéciale, une célébration. Soyons clair, manger sainement et macrobiotique ne signifie en aucun cas renoncer au plaisir, au contraire, cela nous permet de continuer à l’expérimenter mais dans la sobriété avec une meilleure santé.

Pour entraîner sa volonté et sa maîtrise de soi, il est souhaitable d’avoir un but qui dépasse la guérison symptomatique, un objectif plus grand que soi, un grand rêve comme disait G. Ohsawa. Il est alors beaucoup plus facile de mettre du sens dans ce que nous entreprenons et de relever des nouveaux défis les uns après les autres. Sans cela, il y a de fortes chances pour qu’un malade, dès lors qu’il aura récupéré de sa maladie, reprenne les anciennes habitudes délétères qui ont jadis causé sa maladie.

Si l’on observe les gens qui nous entourent, beaucoup d’entre eux pour ne pas dire la majorité n’ont pas conscience de cela et consomment la nourriture qui leur procure du plaisir sans trop se soucier des effets sur la santé. C’est lorsque les douleurs ou la maladie frappe à notre porte qu’on commence à remettre en question nos habitudes négatives. Malheureusement, il est souvent déjà un peu tard, d’où l’importance de s’en préocuper plus en amont pour prévenir les maladies.

La macrobiotique nous invite donc à contempler nos habitudes de vie (pas seulement alimentaires) pour les remplacer par des nouvelles habitudes, plus vertueuses. De cette manière nous entraînons notre volonté à produire des changements positifs dans nos existences, pour y apporter plus de sens, pour être plus heureux et rayonner ce bonheur et cette lumière autour de nous.

Conclusion

J’espère qu’à travers cet article il vous sera plus évident de vous faire une idée de ce que la macrobiotique peut nous offrir au-delà de la guérison symptomatique des maladies. La réduire à un régime curatif est fort dommage, cette idée préconcue cache la montagne de trésors dont recèle cette philosophie du bonheur, qui je peux l’affirmer, est un chemin spirituel qui mène à un éveil de conscience, qui permet de dévoiler le jugement. D’une certaine manière, la macrobiotique nous apporte ce que l’on cherche, si la guérison d’une maladie est notre unique objectif, c’est probablement la seule chose qu’elle nous apportera. En revanche, si on la pratique dans la cadre d’une recherche de développement intérieur et d’un développement spirituel, le résultat de notre pratique sera sûrement plus dense et plus profond.

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