L’hiver selon l’approche orientale et la médecine traditionnelle chinoise

Pour commencer cet article qui porte sur l’hiver, je voudrais vous parler de la vision de la médecine orientale de cette saison et de ses particularités. Selon le calendrier luni-solaire chinois, l’hiver commence aux alentours du mois de novembre et se termine début février, qui correspond au début du printemps selon ce calendrier. Ce qui diffère du calendrier européen, selon lequel l’hiver commence un peu plus tard et se poursuit également plus tard, c’est que le calendrier chinois prend en compte l’énergie qui correspond à une période déterminée, pas seulement le cycle des astres. Si on prend l’exemple du mois de novembre, dans notre calendrier, nous sommes au cœur de l’automne alors que selon le calendrier chinois, nous entrons dans l’hiver. L’énergie durant le mois de novembre est descendante, le froid s’intensifie, les jours deviennent de plus en plus courts, c’est donc une énergie de contraction, de replis sur soi (Yin). On comprend donc la logique de ce système et de son calendrier qui inclut ce mois de l’année dans la saison hivernale.

L’hiver dans la médecine traditionnelle chinoise correspond à l’élément eau, qui symbolise un état de latence, une énergie en potentiel qui attend le retour de la lumière pour s’activer et se remettre en mouvement. Extérieurement, tout semble à l’arrêt, beaucoup d’arbres ont perdu leurs feuilles, les plantes ne poussent presque plus, certains mammifères hibernent… Mais intérieurement, les végétaux comme les animaux accumulent de l’énergie pendant l’hiver, ils font des réserves et se mettent au repos pour exploser, éclore et rentrer dans une énergie d’expansion le moment venu, au printemps. L’énergie de l’eau représente la connexion à la vie au cours de toutes ses manifestations : conception, gestation, naissance, survie, sexualité, reproduction et la mort.

Les organes internes associés à l’hiver sont les reins, la vessie et les organes reproducteurs. Les organes reproducteurs, chez l’homme comme chez la femme assurent le maintien et la création de la vie. Le couple d’organes reins-vessie a pour mission de nettoyer le sang des impuretés comme les acides et les déchets métaboliques qui s’y versent constamment. Ils jouent aussi tous deux un rôle clé dans l’équilibre des liquides et des sels minéraux en réserve dans le corps. Les reins, selon cette approche, sont considérés comme la réserve fondamentale du corps, nos batteries en quelque sorte, dont on doit prendre le plus grand soin afin qu’elles durent le plus longtemps possible. Car une fois cette énergie épuisée, on ne pourra pas remplacer ces batteries comme on remplace notre batterie de voiture…

Selon l’approche orientale, l’hiver est la saison par excellence propice au repos, à la contemplation, à la méditation en vue de régénérer nos forces intérieures.

Mais comment prendre soin de l’énergie des reins, de nos batteries pendant l’hiver ?

Recommandations alimentaires pour prendre soin de notre énergie durant l’hiver

Le premier changement que nous pouvons faire en hiver pour adapter notre organisme au froid extérieur, c’est de privilégier des modes de cuisson qui préservent notre chaleur interne : le nituké (cuisson à l’étouffé sans ajout d’eau), des longues cuissons telles que des ragoûts de légumineuses, des plats mijotés avec légumes et légumineuses associés, des cuissons de céréales ou de légumineuses à la pression (cocotte-minute ou auto-cuiseur), la friture de façon occasionnelle. Tous ces modes de cuisson sont plus Yang, ils contribueront à nous apporter de la chaleur interne. Il s’agit en quelque sorte d’apprendre à se servir du feu à notre avantage, avec sagesse et intuition, comme le faisaient nos ancêtres. Ils n’avaient pas peur du feu, car ils avaient compris l’énergie puissante que cet élément pouvait leur apporter. De nos jours, certains courants hygiénistes ont démonisé le feu, mais c’est dû à une incompréhension et à un mauvais usage de celui-ci, parce que le feu est un outil formidable si on comprend son énergie et qu’on sait bien s’en servir.

Ensuite, on peut saler un peu plus les plats en hiver, ou bien utiliser davantage les condiments salés comme la sauce de soja (tamari ou shoyu), le miso, le tekka ou le gomasio. Le sel concentre l’énergie, c’est un aliment très Yang qui réchauffe. Il est intéressant de savoir l’utiliser correctement afin d’en retirer tous les bénéfices. En excès, le sel peut être dangereux, c’est la quantité qui fait la qualité, ou autrement dit, c’est la dose qui fait le poison. Le sel est indispensable dans une alimentation macrobiotique bien équilibrée, il s’agit d’apprendre à le doser et comprendre son rôle dans l’alimentation.

En hiver, on peut également se permettre d’utiliser un peu plus de matières grasses lors des cuissons, en privilégiant toujours les huiles végétales comme celles de sésame, d’olive ou de tournesol enrichi en acide oléique, car le tournesol classique vierge extra ne supporte pas bien la chaleur. On peut aussi consommer un peu plus de fruits secs et de graines oléagineuses qui constituent des apports caloriques qui aident le corps à se réchauffer, sans l’encrasser ni le surcharger comme le feraient les graisses animales. Ce qui n’empêche pas de consommer des graisses animales de qualité de façon modérée si on le souhaite, sous la forme de beurre salé par exemple (c’est le breton amoureux du beurre qui parle là…).

On peut aussi manger un peu de protéines animales en hiver si on n’est pas végétarien ou végétalien, comme des fromages au lait cru, de préférence de chèvre ou de brebis, ou des poissons sauvages qui ne sont pas menacés par la surpêche et qui ne sont pas affectés par la pollution, ce qui devient de plus en plus rare…

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’hiver est LA saison qui se prête à manger un peu plus riche, un peu plus salé, un peu plus gras (sans exagérer…) afin de faire ses réserves pour les saisons à venir. Ce qui ne signifie pas s’encrasser et s’autoriser des excès régulièrement, simplement d’adapter les aliments et les quantités aux besoins du corps.

Il est également judicieux d’éviter des aliments ou boissons qui vont nous refroidir durant l’automne et l’hiver, qu’on qualifie de Yin extrême en macrobiotique, comme les fruits crus, les crudités en général, les boissons glacées ou rafraichissantes (alcool, jus de fruits frais, smoothies…). Les fruits cuits consommés avec modération, telle une compote ou une tarte aux pommes sont moins refroidissant, c’est sous cette forme qu’on recommande de manger les fruits en hiver, surtout pour les frileux-ses !

Quelques recommandations d’hygiène de vie

Concernant l’hygiène de vie en hiver, en médecine macrobiotique aussi bien qu’en médecine traditionnelle chinoise, on recommande des choses élémentaires, mais fondamentales, comme de se coucher tôt. Par tôt, on entend entre 22 h et 23 h, en laissant passer un minimum de 2 h entre la fin du repas et le moment du coucher afin de permettre à la digestion de se faire complètement. L’organisme qui n’a plus à digérer de nourriture pourra pleinement se régénérer pendant la phase de sommeil, le travail des organes tels que l’intestin grêle ou le foie ne peuvent pas bien se faire lorsqu’on mange juste avant de se coucher. L’idéal sera même de manger assez léger, comme une soupe avec une céréale et un peu de protéines pour les personnes qui en ont besoin comme les plus jeunes ou les personnes qui font un travail physique ou une activité physique intense.

Une bonne qualité de sommeil est fondamentale toute l’année pour se maintenir en bonne santé, mais il est vrai qu’en hiver, la médecine traditionnelle chinoise insiste encore plus sur ce point afin de préserver l’énergie des reins, si précieuse en cette saison de l’année. Beaucoup d’espèces de mammifères hibernent durant l’hiver, ils se mettent ainsi en mode ralenti, leurs dépenses énergétiques sont alors quasi nulles et une fois le printemps arrivé, ils se remettent en activité. Nous autres humains, nous n’hibernons pas, mais il est dans l’ordre des choses selon les lois de la nature, de ralentir, de prendre plus de temps pour nous reposer, pour nous régénérer et en profiter pour réaliser des activités d’intérieur, artistiques, créatives ou encore du rangement dans nos espaces de vies. Souvent, le printemps et l’été sont des saisons durant lesquelles nous serons plus tournés vers l’extérieur, durant lesquelles nous sortons davantage et nous prenons moins le temps pour les activités intérieures. Alors mettons notre temps à profit durant l’hiver pour faire tout ce que l’on aura plus le temps ou l’envie de réaliser le reste de l’année.

Par activités intérieures, j’entends aussi des pratiques introspectives comme la méditation, l’auto-introspection, la réflexion sur soi-même et sur sa vie. L’automne et l’hiver sont les saisons qui se prêtent vraiment à merveille pour faire un bilan du printemps et de l’été qui s’achèvent, de récolter au sens propre aussi bien qu’au sens figuré ce que l’on a semé. C’est un moment privilégié de l’année pour faire également des projections pour le printemps suivant, pour réfléchir à ce que l’on souhaite réaliser ou changer dans sa vie. Une fois qu’une stratégie ou un plan de route a été élaboré pendant la saison hivernale, l’énergie pourra naturellement se déployer à l’approche du printemps et des actions se manifesteront plus facilement pour concrétiser ces projets.

L’automne et l’hiver, beaucoup de gens se sentent déprimés, sans énergie et ils n’ont qu’une hâte, c’est que cette période se termine. C’est bien souvent parce qu’ils n’ont pas compris que l’intensité du printemps et de l’été ne peuvent pas durer toute l’année, que l’automne ainsi que l’hiver doivent être considéré comme un ralentissement forcé de la nature pour recharger les batteries, prendre soin de soi et des siens. La succession des saisons au cours de l’année est une invitation de la nature à sans cesse nous adapter aux changements extérieures, à changer de façon subtile et progressive nos habitudes de vie, qu’elles soient d’ordre alimentaire ou d’hygiène de vie. Lorsqu’on ne s’adapte pas et qu’on mange la même chose été comme hiver, qu’on continue à consommer en excès des crudités, des fruits frais, des jus frais, des boissons glacées ou des sorbets glacés à l’approche de l’hiver, alors on s’expose à des symptômes d’ajustements tels que rhumes, grippes, angines, gastro-entérites et bien d’autres maladies saisonnières.

L’hiver se prépare dès l’automne…

Toutes ces suggestions pour traverser l’hiver en bonne santé sont à appliquer en amont du début de la saison froide, dès le début de l’automne. Si en effet vous attendez le 21 décembre et le début officiel de l’hiver pour adopter des bonnes résolutions, il risque d’être trop tard, vous aurez probablement accumulé du froid et de l’humidité intérieure et son élimination sera plus brusque que si vous avez anticiper ces changements dès le mois de septembre.

Concrètement, en macrobiotique comme en médecine traditionnelle chinoise, il est recommandé de commencer à changer ses habitudes alimentaires et son mode de vie dès la fin de l’été, durant ce qu’on appelle l’été tardif, à la fin du mois d’août. Plus ces changements d’habitudes alimentaites seront progressifs, mieux ils seront vécues par le corps et l’esprit, qui ne font qu’un en réalité.

En pratique, cela signifie réduire la consommation de salades de crudités, de fruits crus, de boissons fraîches, d’alcool (qu’on déconseille en excès tout au long de l’année) et toutes autres nourritures très Yin qui refroidissent excessivement l’organisme. En parallèle, cette transition implique d’introduire des modes de cuissons légèrement plus yang, plus longs, un peu plus salé, des soupes réconfortantes et nourrissantes, un peu plus d’aliments d’origine animale si on le souhaite (2 à 3 fois par semaine) comme des oeufs, du fromage de qualité ou du poisson. Des céréales comme le sarrasin ou le millet sont un peu plus yang que le riz, le blé, l’avoine, le maîs ou le quinoa, leur consommation est donc pertinente à l’approche de l’automne et de l’hiver.

On peut aussi prendre conscience, durant cette période de transition vers l’automne, que les jours raccourcissent, que les arbres commencent à perdre leur feuilles et l’énergie dans la nature est davantage dans un mouvement de contraction que d’expansion. Ils nous faut nous aussi en conséquence commencer à ralentir, à sortir un peu moins, à prendre soin d’avoir un sommeil régulier et ne pas dilapider notre énergie en courant partout comme nous le faisons parfois durant l’été.

Quelques remèdes naturels pour les affections les plus courantes

Comme le répètait inlassablement G. Ohsawa, la maladie est une bénédiction, une opportunité d’apprendre sur nous-même et le fonctionnement de notre organisme, alors ne cherchons pas à en éliminer les symptômes par des méthodes violentes et radicales (antibiotiques systématiques, anti-douleurs, anti-inflammatoires…). Ce qui ne signifie pas non plus de souffrir gratuitement lorsqu’on peut trouver des remèdes doux et naturels, mais plutôt de percevoir le traitement de la maladie et de la douleur d’une nouvelle manière.

Si malgré tout, vous êtes affecté par un rhume, une grippe ou toute autre manifestation du corps qui tente d’expulser l’excès de Yin, de froid intérieur, voici quelques remèdes macrobiotiques naturels.


Thé de riz

Ce thé de riz complet est un remède pour alcaliniser l’organisme, pour rééquilibrer notre milieu marin lorsqu’il a été déséquilibré par des excès dans l’alimentation ou lorsque l’on a des symptômes d’un refroidissement, d’une grippe ou autre réajustement de l’organisme. Le thé de riz doit de préférence est pris par petites tasses tout au long de la journée plutôt qu’une grande tasse en une seule prise. Il doit être accompagné d’un régime alimentaire assez strict, le temps que les symptômes du déséquilibre disparaissent. Ce régime alimentaire sera centré sur les céréales complètes en grains entiers, de préférence le riz complet, accompagné de quelques légumes cuits en nitukés, de soupes misos et un peu de légumineuses.

Ingrédients

  • 1 c. à s. bombée de riz rond complet
  • 1 l d’eau filtrée ou de source
  • 2 à 3 c. à c. rases de sel
  • 1 morceau d’algue kombu

Réalisation

1 – Faites griller le riz dans une casserole pendant 2 minutes, remuez avec une spatule en bois jusqu’à ce qu’il gonfle, dore légèrement et commence à sauter dans la casserole. En parallèle, faites chauffer l’eau.

2 – Lorsque le riz est suffisamment grillé, rajoutez l’eau chaude. Plus elle sera chaude, moins elle mettra de temps à bouillir lorsque vous assemblerez tous les ingrédients.

3 – Rajoutez également le sel et le morceau d’algue kombu, laissez bouillir à feu doux pendant 15 à 30 minutes. Vous pouvez réaliser cette boisson pendant que vous faites la cuisine ou autre chose si vous voulez « rentabiliser » votre temps.



Umékuzu

Vous pouvez prendre ce remède en cas de début de rhume, de grippe ou tout type d’infection des voies respiratoires ou des voies digestives, ou bien lorsque vous vous sentez barbouillé après avoir fait des excès. En cas de fortes diarrhées et d’inflammation des voies digestives (estomac ou intestins), il ne vaut mieux pas utiliser les umeboshi. Dans ce cas le kuzu seul avec de l’eau bouillante est plus approprié, plus doux et pas du tout acide.

Ingrédients (v. = verre de 200 ml environ)

  • 1 v. d’eau
  • 1 prune umeboshi en saumure
  • 1 c. à c. de kuzu (3-4 g)

Matériel

* Privilégiez les revêtements émaillés pour la casserole et le bois pour les ustensiles afin de mélanger la préparation, le kuzu n’aime pas le métal en général.

Réalisation

Dans une casserole émaillée ou en verre, versez le kuzu avec le v. d’eau froide. Diluez bien le kuzu jusqu’à obtenir une préparation laiteuse. Rajoutez l’umeboshi entière et mélangez bien pour la défaire complètement, laissez le noyau. Faites chauffer le tout en mélangeant sans arrêt avec une cuillère ou une spatule en bois. Lorsque ça commence à bouillir et que le mélange devient translucide, arrêtez le feu, versez le tout dans un verre et dégustez dans le calme, en pleine conscience. Vous pouvez manger les morceaux d’umeboshi et garder le noyau dans la bouche pour en profiter jusqu’au bout…

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